:: Le bridge en l’an 2000
Après
avoir fêté le nouvel an, quoi de plus naturel que
de retourner jouer au BCCA ? En ce dimanche 2 janvier, tout se
passe bien durant le tournoi jusqu’à la publication
tant attendue des résultats. Et c’est alors que se
produit l’incroyable :
la date affichée est celle du 2 janvier...
1900 ! La machine refuse même de saisir les précieux
points d’experts gagnés après la date fatidique
du 1er janvier 2000.
Eh oui, les sceptiques en sont pour leurs frais: le bogue de l’an
2000 n’était pas qu’une invention de journaliste
en mal de sensation.
Les membres du BCCA qui ont interrompu les festivités du
nouvel an pour rejoindre leur club préféré
en ce dimanche 2 janvier ont pu le voir frapper en direct. Au
moment où vous lirez ces lignes, espérons que les
informaticiens du club auront tout mis en oeuvre pour mettre les
tournois du club à l’heure de l’an 2000. En
attendant, les plus observateurs auront remarqué que les
résultats journaliers sont datés depuis de...1999
!
Encore traumatisé par cet événement , je
rentre chez moi en me demandant bien où je vais pouvoir
jouer au bridge en ce dimanche soir où mon club préféré
est fermé. Mais c’est bien sûr ! Toujours à
la pointe du progrès, je décide de rejoindre un
des nombreux clubs de l’Internet. Quelques minutes de patience
pour que l’interface graphique se charge et je me retrouve
dans le couloir du cyberclub. Je choisis un " pseudo "
et je m’installe à une place libre. Il n’y
a même pas de droit de table !
Au bout de quelques instants, une joueuse canadienne répondant
au doux pseudo d’Amielle s’installe à ma droite
et comme il y a, sur mon écran, une fenêtre dans
laquelle les joueurs peuvent dialoguer, je pianote quelques mots
doux à l’adresse de cette adversaire que je suppose
charmante. Un instant satisfait que mon interlocutrice parle français,
je dois rapidement déchanter quand elle me signifie sèchement
qu’elle est en fait un monsieur! L’Internet est décidément
trompeur. Rouge de honte, je décide de me consacrer à
présent au bridge. Par bonheur, un partenaire vient s’installer
en face de moi. Je vais taire son nom, pardon son pseudo, mais
je me suis laissé dire que ce redoutable cartonneur sévit
également au BCCA.
Pris par le jeu, même s’il se déroule par
machine interposée, nous jouons pendant plusieurs heures
dans une ambiance conviviale. Je prends seulement garde à
ce que je dis. Ici, l’anglais est de rigueur ou plutôt
le sabir employé par les internautes. Un exemple de conversation
à la table :
- Hi!
(le mort s’étale)
- Glp
- Typ
(le jeu se déroule)
- Wdo
- Thx
- Cu !
Je traduis ce jargon :
- Salut !
- Bonne chance partenaire
- Merci partenaire
- Bien joué les gars
- Merci,cher adversaire
- A la prochaine !
Enfin, je relève la main suivante :
J’entends mon partenaire répondre trois piques à
mon ouverture d’un pique et je conclue à la manche.
Quand il étale sa main, je le remercie d’un courtois
"Typ ".
On a entamé As de coeur et on en a rejoué, l’autre
adversaire fournissant les deux fois. Voici le tableau :
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R1054
RDV7
854
93
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AV932
9632
AD
AD
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En cette heure avancée de la nuit, je suis bien incapable
de faire le moindre plan de jeu, d’autant que mes yeux commencent
à se liquéfier à la vue de l’écran.
Je me contente donc de prendre le deuxième coeur de l’As
et je me dis vaguement que je vais tirer les atouts en tête
et que ce serait bien malheureux que je rate les deux impasses
et que la Dame de pique ne se rende pas. Plein d’assurance,
je clique donc sur le Roi de pique, ce qui est la façon
de l’appeler . On fournit, je poursuis donc par
le 4 de pique du mort pour un petit à ma droite et je m’apprête
à jouer l’As de ma main quand un mouvement malheureux
de la souris me fait jouer ... le 9 ! Saisi d’horreur,
je martèle frénétiquement sur mon clavier
et j’agite la souris dans tous les sens pour tenter d’annuler
ce coup suicidaire. En vain, car je vois mon adversaire de gauche
s’emparer goulûment du 9 avec sa Dame d’atout,
hélas seconde initialement. Cependant, il se met à
réfléchir ou bien est-il déconnecté
?
C’est alors que je réalise que puisqu’il est
parti avec l ’As de coeur second et la Dame de pique seconde,
il doit à présent me livrer sur un plateau l’un
de ses rois mineurs !
Mon aimable partenaire me félicite d’un chaleureux
"Wdp " mais je décide d’aller tout de même
me coucher. Demain, le BCCA est ouvert, et le bridge à
la table c’est tout de même mieux !
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